dimanche 14 septembre 2008

Inversion des hémisphères

Le fait de me réimplanter dans ce terreau latinoaméricain est un facteur d'interrogations constantes. Pendant mon année passée à Dublin, je n'ai pas eu cette impression de différences culturelles si importantes : peut-être le fait de changer d'hémisphère signifie devoir inverser le sens de sa pensée, voire inverser la priorité entre les deux hémisphères du cerveau ! Je me suis amusée avec l'idée que, pour des raisons farfelues de pression, l'hémisphère gauche, logique et rationnel, serait plus utilisé en Occident, et que l'hémisphère droit et sa créativité prédomineraient ici en Amérique du Sud.
Le fait de passer d'un hémisphère à l'autre, aussi bien géographiquement que physiologiquement, me force à repenser mes préacquis.
Quelques exemples : commençons par le fait d'inverser les saisons. Janvier? Plein été ! Envie de skier ? La meilleure neige est aoûtienne. Une chose aussi simple que le climat est un bon exercice de début : il me faut parfois rajouter 6 mois à mars pour savoir quand je dois attendre le printemps argentin.
Compliquons un peu les choses : le fait de se trouver dans une structure économique différente, avec un taux de change de 4,5 pesos pour un euro, modifie beaucoup de choses également : ainsi un meuble Ikea, standardisé et étroitement associé à "pas cher" à mes yeux, est ici un luxe tandis qu'un meuble en bois fabriqué par un artisan sera celui que l'on trouvera chez un ménage modeste. L'artisanat, luxueux et marketé comme un savoir-faire précieux en Europe, est ici une chose commune, pratiquée par beaucoup, et d'un accès plus facile que l'industriel. Les produits industrialisés des multinationales perdent ici toute compétitivité. Les fashionistas parisiennes seraient ravies d'apprendre que les créations originales des designers de Buenos Aires leur coûteraient moins cher que celles du géant H&M.
Certains faits d'actualité me donnent également l'impression d'échapper à mon entendement : la crise du Campo en fut un parfait exemple. Cette crise d'opposition entre l'agriculture et le gouvernement autour d'une hausse des taxes sur les produits primaires m'a montré que les Argentins avaient des stéréotypes différents des miens. Quand ils entendent "agricultueur", ils ont en tête un riche propriétaire terrien qui met à profit des terres sans fin et impose une pression économique forte au pauvre des villes, tandis que j'avais plutôt tendance à avoir l'image d'un agriculteur à la tête d'une ferme modérée se battant pour joindre les deux bouts et conserver son mode de vie grâce aux subventions étatiques. Ici, le rat des villes n'est pas un nanti, et les fermiers possèdent un pouvoir économique et politique dignes d'oligarques.

1 commentaire:

oscar a dit…

J'ai bien aimé le lapsus "agricultueur", c'est au combientième degré ? Parce qu'il est volontaire, n'est-ce pas ?
Fort jolie chronique, douce-amère et déjà tendre. Se nourrir de choses vues là-bas, à l'aune des us, coutumes et modes de pensée européens construit une belle perspective ; il s'agira de la poursuivre. Courage à l'architecte !