
Depuis quelques semaines, je traîne volontiers mes baskets - déplacées- dans les milongas de la ville. Pour les non-initiés, une milonga est un lieu où l'on danse le tango, en général le soir. Il y a bien sûr autant de styles de milongas que de façons de danser le tango: des milliers. Ce que je prenais pour une danse, pour une habitude de couple un peu désuette, ou encore pour un cliché de l'Argentine que les touristes venaient photographier, se révèle peu à peu un monde aux codes et au language propres. Davantage qu'une suite de mouvements appris et reproduits, le tango est l'histoire d'un abrazo, d'une étreinte, et du dialogue des corps qui en découle. Cela me fascine : ces moments d'extraordinaire intimité entre deux personnes, qui peut-être ne se connaissaient guère avant de commencer à danser, cet abandon des corps féminins, cédés à la musique et au maintien du partenaire, cet accord parfois si parfait de jambes qui se répondent par petits mouvements saccadés.
Je comprends mieux maintenant qu'on puisse se faire absorber par cette passion comme on s'enfonce dans des sables mouvants. Tant de gringos qui passent s'y prennent les pieds, et finissent par s'installer ici, parce qu'ils ne trouveront pas de bonnes milongas ailleurs. Mais il me semble que cette belle passion est à double tranchant: on peut aisément s'y noyer, et après avoir montré ses émotions aux lumières faussement tamisées des pistes de danse, se retrouver nu, absurde et délaissé, comme un lendemain de fête.

1 commentaire:
Joli, my dear...
on sent la passion, l'excès, le beau, le laid.. une série d'images belles et violentes surgissent à la lecture !
merci de nous faire voyager, alors que nous ne sommes qu'ici, devant notre écran...
Continues à nous faire partager tout ça !
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